Inland Empire, David Lynch

L’histoire d’adultère, apparaissant tout au long du film, ne semble être que secondaire, prêtant à David Lynch des occasions pour susciter des émotions qui se succèdent au fil des images, du rire de l’absurde à l’angoisse sans objet. Il parvient à nous interdire tout sentiment convenu, toute émotion prévisible. Pour autant, il semble y avoir une logique imperceptible dans cette succession d’émotions. David Lynch crée dans ce film une mélodie des émotions.

Histoire, lieux et temporalité sont explosés. Et pourtant l’univers est clos: la temporalité est fusionnée par les mises en abyme successives, les lieux de l’intrigue ne forment qu’un, chaque lieu n’étant qu’une pièce ouvrant sur une autre, et enfin l’unicité de l’histoire s’esquisse malgré les différentes figures et situations qu’elle emprunte.

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L’on arrive devant ce film avec un préjugé : bon, c’est un film de David Lynch, j’abandonne ma posture de spectateur de films hollywoodiens, je cherche à comprendre au lieu de me prélasser dans l’empathie vulgaire et facile. C’est avec cette posture que David Lynch semble jouer. Je me suis dit pendant tout le film « Arrête de réfléchir, il n’y a rien à comprendre » et pourtant on ne peut s’empêcher d’essayer de repérer ce détail qui pourrait être la clef.

Mais au final, David Lynch use de cette posture pour nous faire ressentir. L’apparition du chiffre 47 sur une porte dans une des scènes finales du film pourrait être la clef de la compréhension. Cette apparition semble boucler la boucle, tout est maintenant lié dans le film.

C’est alors que la posture rationnelle est mise au service de l’émotionnel. L’orgasme intellectuel provoqué par l’impression d’avoir « compris » clos la succession des émotions ressenties tout au long du film. L’intellect est mis au service du ressenti.

Le génie de David Lynch réside pour moi dans la construction d’une émotion qui est propre à chaque spectateur et ne naît pas d’un sentiment d’empathie. Le spectateur est dans une relation singulière avec l’œuvre.

Je regrette juste l’utilisation de caméras numériques pour tourner ce film. L’image est trop brute, trop fade dans ses couleurs, et participe à rendre certains passages particulièrement désagréable.

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Une Réponse

  1. 🙂

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